La F1 en perte de vitesse
7 novembre 2002La Formule 1 est un sport de vitesse où chaque pilote doit être le plus rapide sur certains circuits pour être au final couronné champion du monde. La F1 actuelle ressemble plus à un sport où le but est d’engranger le plus d’argent et n’est plus passionnante. Ce n’est pas un secret, les grands dirigeants le savent. Les spectateurs désertent les grands prix, les téléspectateurs n’allument plus la télé et se tiennent juste au courant des résultats si bien sûr on admet un semblant de suspens. Même les passionnés sont déçus par le manque d’intérêt flagrant et croissant de la F1. Mais le problème n’est pas nouveau et de nombreuses solutions ont été évoquées. Et pourtant les raisons sont certaines.
Les aides électroniques sont un des points du débat. Tantôt autorisées, sitôt interdites, les règles à ce sujet fluctuent énormément. Et ces aides sont nombreuses et diverses comme l’anti-patinage, l’ABS ou encore le Launch Control. Ce ne sont pas seulement les seuls points-clefs. En 1998, les pneus à rainures sont apparus pour augmenter les distances de freinage et permettre ainsi les dépassements. Un autre but était de réduire l’adhérence en virage. A l’époque, nombreux étaient ceux qui parlaient de virages relevés pour augmenter la vitesse. Aujourd’hui, il s’agirait d’une tournante de pilotes ou de pénaliser les meilleures voitures en ajoutant du lest. La plupart de ces mesures vont à l’encontre de l’esprit de la F1.
Mais d’où vient ce manque d’intérêt ? Il provient de la domination écrasante de la Scuderia Ferrari. Or, et depuis longtemps, des écuries se partagent le sommet à tour de rôle. Ce phénomène de domination n’est pas nouveau. La supprématie Williams des années 90 ou Maserati au tout début de l’existence du championnat le montre bien. Le “problème” actuel est que la domination Ferrari est sans partage. D’ordinaire, on assiste à une bataille entre deux écuries dominantes comme McLaren et Williams fin 80 et début 90. Ainsi, deux pilotes étaient opposés comme Mansell-Senna, Villeneuve-Schumacher, Häkkinen-Schumacher, Prost-Senna… Mais ces dernières années, l’absence de titre pilotes depuis 1979 pour Ferrari l’a motivé à tout donner pour l’obtenir. Et de fait, la Scuderia a tout fait pour obtenir les titres convoités. On ne peut l’en blâmer, bien au contraire. Mais à quel prix? Il a fallut recruter un directeur sportif performant, Jean Todt fit l’affaire, couronné en Rally chez Peugeot, il a la carrure pour parvenir à ses fins. Recruter le meilleur pilote, faire la meilleure voiture et ainsi de suite. Mais là où c’est trop, ce sont les ordres d’écuries. En F1, il y a un paradoxe. La Formule 1 est avant tout un sport où des pilotes doivent se départager pour désigner qui est le champion du monde, le vainqueur. Or aujourd’hui, la Formule 1 est vu par ces acteurs comme une machine à fric où seuls les riches ont la parole. L’argent, s’il est bien employé (BAR en 1999 en est le contre-exemple) peut permettre d’avoir une bonne voiture, de gagner les titres, d’amasser de l’argent et au final de dicter sa loi. Car il s’agit bien de ça. Les petites écuries ne sont intrinsèquement pas mauvaises. Les Minardi ou Arrows ont de bons châssis mais l’absence d’argent ne peut permettre de l’exploiter ou d’avoir un bon moteur. Or, seuls les riches ont droit de parole dans ce sport puisque seuls les plus influents sont ceux qui font vivre la F1 avec leurs voitures rapides. Et pourtant, les Brabham BT-44 ou Jordan EJ-10 n’ont pas été créées avec beaucoup d’argent mais ont obtenu des résultats. Oui mais voilà, on cherche à aider les petites écuries en réduisant les coûts, ce qui est fort honorable et bienvenue. Mais le problème est qu’on les assassine d’un autre côté comme le montre l’affaire Minardi où l’argent de Prost et versé à Minardi est demandé à être rendu à la FIA par les grosses écuries (McLaren, Williams, Jordan et BAR) Et si des personnalités comme Ross Brawn déclarent que les écuries comme Minardi ou Arrows doivent dépenser moins, cela équivaudrait à être en dessous des 107% demandés lors des qualifications…
La F1 est en train de se noyer et la bouée tarde à venir. La F1 reste la reine des paradoxes où les intérêts majoritairement financiers des grandes écuries sont contraires à ceux du sport en lui-même. La domination d’une écurie sur les autres est en soi une constante mais cette domination à l’excès conduit à détruire la Formule 1. Quant à nous, pauvres spectateurs impuissants de ce “sport” en perte de vitesse, nous ne pouvons qu’espérer la fin des consignes d’écuries antisportives et la renaissance de grandes écuries pour entourer la Scuderia. Car le but n’est pas que Ferrari plonge mais que la lutte du titre ne soit pas finie dans les bureaux de conception.

